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15 avr. 2008 06h21
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Daniel avait pris sa decision depuis quelques semaines . La vieille Europe ne voulait pas de son ambition . Il avait travaille dur pendant des annees dans les grises usines du nord de la France , et il se voyait prendre la suite de son pere , use , desabuse , ayant juste reussi a faire survivre sa famille . Un matin , sans hesiter , il etait alle prendre son compte , et avec une petite valise et toutes ses economies , avait quitte definitivement cette vie si etriquee . Il n avait que 21 ans , mais deja cette impression d avoir tant donne , trop donne , pour une reconnaissance inexistante .
C est ainsi qu il se retrouva , ce 12 avril 1912 a Southampton . Depuis ce port de l Angleterre , il allait emigrer vers cette Amerique qui autorisait encore le reve . Il avait reussi a obtenir un des derniers billets pour embarquer a bord d un des tous nouveaux paquebots transatlantiques . Une troisieme classe , mais qui lui avait coute plus de la moitie de l argent qu il possedait . Peu importe , il etait plus qu heureux lorsque l immense bateau quitta le quai ; un frisson incontrolable parcourut son corps , il allait renaitre , et tous les passagers qui l entouraient semblaient connaitre la meme euphorie .
Il etait effare ; sur son lit il revivait le dernier episode du cauchemar qui avait balaye sa jeune existence . Un premier jugement , l appel , et maintenant la cassation , et personne n avait entendu sa detresse , son incomprehension . Cet accident de voiture , la panique , la fuite . Un engrenage , la machine infernale l avait happe , et ayant trouve un coupable ideal , ne l avait plus lache . Il avait , apres de nombreuses heures d interrogatoire , avoue , a bout de force , lamine psychologiquement , avoir tue a coup de couteau la petite fille dont on n arretait de lui parler . Condamne a mort . On allait le couper en deux , le decapiter . Seul le President de la Republique pouvait empecher cela ; cela ? Non , non , comment envisager cela ; il n avait que 22 ans, n avait rien fait , innocent !
A bord il n y avait que peu de confort pour les moins fortunes . Mais l ambiance etait incroyable . Le peu que chacun possedait etait partage , la fraternite entre toutes ces personnes d origines pauvres et diverses depassait l entendement . Tous partaient vers l inconnu , mais plus que tout vers l espoir . Daniel n avait jamais connu cela . Tous se parlaient comme ils le pouvaient . La nostalgie n avait plus sa place , l heure etait a la fete , et il n allait surtout pas bouder cela . Ce soir du 14 avril , il avait fait la connaissance d Emma , fille d une famille Belge . Ils avaient bu et dance au rythmes de ces musiciens irlandais infatigables . Rien ne semblait interdit et l ivresse ambiante exacerbait en eux l appel de la jeunesse et de l amour . La nuit etait tombee depuis quelques heures , et tous deux , tout naturellement s etaient eclipses . Rien n existait plus , sinon ces coeurs qui battaient , et cet immense desir raz de maree .
Christian sursauta . Non , rien n avait change , il etait toujours dans le couloir de la mort . Ce mot , il n arrivait pas a composer avec . Cela ne pouvait pas etre . On lui avait dit que son recours en grace avait ete rejete . Il avait compris sans comprendre . Cela n etait pas reel . Il n avait pas tue , et a cette epoque , en France , pays ou l etre humain etait sur de ses droits , son innocence allait etre reconnue . Il etait impossible que l on execute un jeune , un presque enfant comme lui , oui , impossible . On ne pouvait couper la tete d un etre ainsi ...
Ils avaient fait , et refait . La vie , l amour . Daniel vit le mur blanc ; d abord il ne comprit pas , puis il y eut le choc , le bruit et toute cette glace qui tombait . L angoisse les prit tout de suite , mais il se resaissit tres vite . Ce bateau etait tout neuf , et malgre la violence de la collision , il allait continuer a flotter . Il rassura Emma d un doux baiser , mais ressentit quand meme le besoin de revenir les autres . L inquietude , et tres rapidement , le navire commencant a giter , la panique s empara des passagers des ponts inferieurs . Ils n avaient aucune information , le personnel de bord avait disparu . Les canots de sauvetage se trouvaient sur le pont superieur. Daniel entraina la jeune fille , il fallait monter , vite . Des escaliers , encore des escaliers , puis une premiere grille ... Elle etait cadenassee . Il y avait d autres passages a l arriere . Ils y arriverent au moment ou des membres d equipages s appretaient a tirer la grille . Le jeune homme n hesita pas , il bouscula les marins qui ne prirent pas le temps de s occuper d eux . Il monterent .
Juillet 1976. Au petit matin , il fut reveille par le bruit de la clef dans la serrure . Il ne reagit pas tout d abord . Ils entrerent . On lui mit les chaines . "Ce n est pas vrai " , "ce n est pas possible " , on ne peut faire cela , non , pas a un innocent . Son coeur se mit a battre fort . Non !!! Plus de place pour la reflexion . Il ne voyait rien . Il ne voulait pas accepter cette realite . le blanc . Peur ; non ! Pire . L inhumanite . Il n etait plus un humain parmis les humains . On l entrainait , on le portait . Il les vit , il la vit ... Ne realisa rien , on l allongea , sans qu il ne resiste . L horreur . Un bruit , un sifflement . Juste un pullover rouge ....
En haut , la panique etait a son comble . Les passagers se ruaient vers les canots . Un officier , arme d un pistolet tira . Daniel et Emma s arreterent . Juste les femmes et les enfants ! Il la regarda , l embrassa , et la poussa vers l avant . Un marin la saisit par le bras et la fit monter dans la chaloupe deja pleine . Elle fut immediatement descendu vers les eaux . Il avait compris . Rien ne sera . Tout s arretera la , et pourtant , contrairement a beaucoup d autres , il resta calme . Il repartit vers le bas pour tenter de liberer ceux que l on avait enfermes , ceux a qui on avait coupe la voie du salut . Le Titanic , malgre sa reputation , coula si vite ...
Pourquoi eux ?
J ai ecrit ce texte cette nuit . Je sais , il n a rien de gai , un petit poil de ....je ne sais pas vraiment , manque de justesse peut etre , mais c est venu comme cela . Des destins , de l innocence , l envie de vivre , et pourtant , une machine infernale contre laquelle nulle resistance n est possible se met en route (de facon aleatoire ?) , ecrase , broie sans distinction , et en prenant des formes tres inattendues et diverses . Aujourd hui est important . Demain aussi , mais on ne sait pas ...
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